Dans ses premières analyses sur le fonctionnement du système électrique au cours de l’été 2026, publiées le 21 septembre, RTE dresse le bilan d’une saison exceptionnelle par la chaleur et la sécheresse. La consommation électrique a progressé de 4 à 5 %, l’hydraulique a connu sa deuxième plus faible production estivale depuis cinquante ans et le nucléaire a subi d’importantes indisponibilités liées aux contraintes climatiques. Dans ce contexte, le photovoltaïque a joué un rôle croissant : sa production a atteint 15,1 TWh entre juin et août, en hausse de plus de 20 % sur un an.
L’été 2026 restera comme un épisode climatique hors norme. Météo-France le classe comme le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, avec une température moyenne supérieure de 3,6 °C aux normales et 53 jours de vague de chaleur répartis en trois épisodes. La pluviométrie a affiché un déficit proche de 40 %, tandis que l’ensoleillement a été supérieur de plus de 20 % à la normale.
Pour RTE, ces conditions ont constitué un véritable test grandeur nature du système électrique français.
La climatisation fait remonter la consommation
Entre juin et août, la consommation brute d’électricité s’est élevée à 99,1 TWh, contre 95,2 TWh pendant l’été 2025, soit une hausse de l’ordre de 4 à 5 %. Elle retrouve ainsi un niveau comparable à celui observé avant les crises sanitaire et énergétique, avec une moyenne de 98,5 TWh entre 2014 et 2019.
Cette hausse résulte notamment d’un recours accru à la climatisation. RTE observe que son impact se concentre particulièrement en fin de journée, lorsque les bâtiments restituent la chaleur accumulée pendant les heures les plus chaudes.
Pour autant, les pointes restent contenues. Le maximum de consommation estivale a avoisiné 60 GW, soit un niveau comparable à celui de 2019 et très inférieur aux pointes hivernales, qui ont approché 90 GW en janvier 2026.
Le nucléaire pénalisé par la chaleur, mais sa production reste stable
Le parc nucléaire a produit 83,7 TWh entre juin et août, un niveau pratiquement identique à ceux des deux étés précédents : 83,5 TWh en 2024 et 84,4 TWh en 2025.
Ce résultat masque toutefois d’importantes indisponibilités liées aux conditions climatiques. Jusqu’à 13,4 GW de capacités nucléaires ont été indisponibles au plus fort de l’été, dont 1,8 GW en raison de l’épisode d’afflux de méduses à Gravelines.
RTE estime à environ 10 TWh la production nucléaire qui aurait pu être réalisée en l’absence de ces indisponibilités climatiques, un niveau supérieur au précédent record de 6 TWh observé lors de la canicule de 2003. Cela signifie aussi que, hors effets liés aux vagues de chaleur, la disponibilité du parc était particulièrement élevée pour la saison.
Le solaire atteint 15,1 TWh sur trois mois
C’est du côté du photovoltaïque que la progression est la plus spectaculaire.
La production solaire française a atteint 15,1 TWh entre juin et août 2026, contre 12,5 TWh sur la même période en 2025, soit une hausse d’environ 21 %. L’éolien progresse également, avec 8,9 TWh produits contre 8 TWh un an auparavant.
Cette hausse résulte à la fois de l’augmentation des capacités installées et de conditions météorologiques favorables. L’été 2026 a d’ailleurs été le plus ensoleillé jamais mesuré en France, avec un excédent d’ensoleillement supérieur à 20 % en moyenne.
RTE relève par ailleurs que, si le rendement des panneaux photovoltaïques diminue légèrement lorsque leur température augmente, cet effet est resté marginal au regard du niveau élevé d’ensoleillement.
Le photovoltaïque prend le relais d’un hydraulique en difficulté
La situation est beaucoup moins favorable pour l’hydraulique. Les barrages et centrales au fil de l’eau n’ont produit que 10,8 TWh au cours des trois mois d’été, soit la deuxième plus faible production estivale depuis cinquante ans, après les 10,2 TWh enregistrés en 2022.
Les stocks hydrauliques atteignaient en outre un niveau historiquement bas à la fin du mois d’août. RTE précise toutefois que cette situation ne suscite pas, à elle seule, d’inquiétude particulière pour la sécurité d’approvisionnement de l’hiver prochain.
Dans ce contexte, la hausse de la production photovoltaïque et éolienne a contribué à compenser en partie les difficultés rencontrées par le nucléaire et l’hydraulique. RTE souligne que l’abondance de production bas-carbone a permis au système électrique de traverser ces épisodes climatiques sans problème particulier de sécurité d’approvisionnement.
Davantage de gaz en soirée
Le revers de cet été très sec est une hausse du recours aux centrales thermiques fossiles. Elles ont produit 4,1 TWh, contre 2,6 TWh à l’été 2025, presque exclusivement à partir de gaz.
Ces moyens ont notamment été sollicités en soirée, au moment où la production photovoltaïque décline alors que les besoins de climatisation restent élevés. Une partie de cette production a également contribué aux exportations françaises vers les pays voisins.
Cette configuration illustre une nouvelle fois l’enjeu du stockage et de la flexibilité : déplacer une partie de l’abondante production solaire de la journée vers les heures de pointe du soir permettrait de réduire le recours aux centrales à gaz.
Un avantage compétitif français qui demeure
Les épisodes de chaleur et la hausse des prix du gaz ont également entraîné une forte volatilité des prix spot. Le prix français a atteint 487,4 €/MWh le 13 août à 19 h 45, son plus haut niveau depuis décembre 2022.
RTE souligne toutefois que les prix à terme restent plus représentatifs de la compétitivité réelle du système électrique. Et sur ce terrain, l’avantage français demeure : les prix de marché français restent proches de ceux de l’Espagne mais sensiblement inférieurs à ceux de l’Allemagne, avec un écart pouvant atteindre environ 40 €/MWh.
L’été 2026 fournit ainsi une illustration concrète de la complémentarité du mix électrique français. Malgré une chaleur record, une sécheresse sévère et d’importantes contraintes sur le nucléaire et l’hydraulique, le système a conservé une production largement bas-carbone.
Mais il met également en évidence une évolution majeure : plus le solaire prend de poids dans la production estivale, plus la capacité à stocker ou déplacer cette énergie vers la soirée devient stratégique pour réduire le recours au gaz et valoriser pleinement l’abondance photovoltaïque.





