Le SER invite les candidats à la présidentielle à clarifier leur position

En 2024, près de 60% de l’énergie finale à usage énergétique provenait de l’utilisation d’énergies fossiles, majoritairement importées. Face aux enjeux économiques, sociaux, climatiques et de souveraineté résultant de ce constat, le Syndicat des énergies renouvelables s’interroge, à travers la voix de son président Jules Nyssen, sur les transformations indispensables du modèle français.

Le 27ème colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER) se tiendra le 29 septembre à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à Paris. À cette occasion et afin de confronter les différentes visions sur l’avenir énergétique du pays, le SER organisera un débat avec les candidats à l’élection présidentielle. Il y présentera également 27 propositions pour 2027, destinées à nourrir le débat présidentiel et à faire de l’énergie un axe majeur des projets politiques pour la France.

Souveraineté, pouvoir d’achat, réindustrialisation, climat : Jules Nyssen, président du SER, souligne les risques attachés à une stratégie énergétique actuellement fortement dépendante de puissances extérieures et des énergies fossiles et prône une stratégie énergétique de long terme impulsant une transition énergétique décarbonée, compétitive et accessible à tous.

Jules Nyssen, livre dans La Tribune Dimanche un large tour d’horizon des enjeux énergétiques français. Nous reproduisons ci-dessous cette interview.

Pensez-vous que la complexité des enjeux énergétiques est aujourd’hui bien saisie par le grand public ?

Jules Nyssen : Ce qui est certain, c’est que les événements géopolitiques de ces dernières années ont mis en lumière la relation de cause à effet entre décisions politiques internationales et impact énergétique, tant en termes de pouvoir d’achat que de disponibilité des flux. L’explosion du prix du gaz après le début de la guerre en Ukraine, le blocage du détroit d’Ormuz ou l’interventionnisme de Donald Trump au Venezuela : ceux qui contrôlent les ressources primaires sont les pays qui les détiennent mais aussi ceux qui gèrent leurs points de passage. Par ailleurs, l’été caniculaire que nous venons de vivre rappelle l’urgence climatique. La transformation de nos ressources énergétiques sera la bataille du siècle.

Les candidats aux élections présidentielles 2027 sont en campagne depuis plusieurs semaines, multipliant les allocutions. Parallèlement, le SER organise son 27e colloque annuel, le 29 septembre, lors duquel aura lieu un débat entre les candidats concernant l’avenir énergétique de la France. Qu’attendez-vous de cet échange ?

JN : Un moment de clarté, dans un premier temps. Qu’est-ce que chaque candidat prévoit concrètement de faire concernant les énergies ? Officiellement, tout le monde se positionne en faveur de la transition énergétique. Mais, lorsque l’on commence à aborder la nécessité de déployer des systèmes de production d’énergie décarbonée pour remplacer les systèmes à énergies fossiles, il y a tout de suite moins d’adhérents à l’idée. Par ce débat, nous souhaitons mettre les candidats devant les conséquences logiques de ce qu’ils proposent, dans le cas par exemple où certains souhaiteraient arrêter de soutenir les énergies renouvelables, alors que le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie indique qu’elles transfèrent globalement du pouvoir d’achat vers les consommateurs et qu’elles jouent un rôle d’amortisseur sur les prix en cas de crise.

Lors de ce congrès, le SER présentera 27 propositions pour 2027 destinées à nourrir le débat présidentiel et faire de l’énergie un axe majeur des projets politiques à venir. Comment ont-elles été pensées ?

JN : Ces propositions ont pour objectif de susciter le débat et de proposer des pistes de réflexion aux candidats. Ce ne sont pas des projets à appliquer au pied de la lettre, mais plutôt des chemins pour se diriger vers une transition énergétique accessible, décarbonée et compétitive.

Le pays a besoin de réorienter sa politique énergétique, notamment afin d’y intégrer les risques climatiques, la question de la souveraineté ou encore les risques géopolitiques.

Selon vous, vers quels choix énergétiques la France doit-elle se diriger pour préparer durablement son avenir ?

JN : L’énergie, ce n’est pas qu’une affaire de technologie, c’est un système. Électricité nucléaire, énergie solaire ou éolienne, gaz renouvelables, hydro-électricité, biomasse, géothermies : toutes les sources d’énergie décarbonée sont les bienvenues. Certaines de ces ressources que nous offre la planète sont illimitées comme le vent ou le soleil. D’autres se renouvellent naturellement, comme la biomasse, et nécessitent des arbitrages d’usage (alimentation / construction / énergie) et une gestion durable pour la préserver dans le temps.

Il faut créer une synergie stratégique entre toutes ces solutions, sans aborder le sujet de manière dogmatique en excluant telle ou telle source d’énergie. La solution universelle est une illusion. La multiplicité de ses sources d’énergie constitue au contraire une garantie qui assure la robustesse et la résilience du système. Bien que l’électricité française produite soit aujourd’hui majoritairement bas-carbone (à 95,2 % en 2025), près de 60 % de la consommation finale d’énergie reste d’origine fossile.

Quelles mesures souhaiteriez-vous voir émerger du débat présidentiel afin de réduire notre dépendance aux hydrocarbures importés ?

JN : Tout d’abord, il faut arrêter de considérer que le débat énergétique est un débat sur l’électricité, qui représente seulement 26% de notre consommation finale à usage énergétique. Ensuite, je pense qu’il faut remettre le mot « sobriété » dans le débat sans que cela ne soit vécu comme une tendance passéiste. Si l’on souhaite réduire notre consommation d’hydrocarbures, il est nécessaire de diminuer notre consommation globale d’énergie. Il y a plein de manières de le faire, et cela passera notamment par des procédés industriels qui permettront d’utiliser l’énergie de manière plus efficace et économe, ou par exemple par une meilleure isolation de nos bâtiments. Gardons en tête que, pour conquérir son autonomie énergétique, il ne faut laisser aucune ressource sur le bord du chemin. Remplacer le pétrole sera une gageure et nous avons besoin de mobiliser tout ce que le territoire peut nous offrir, dans une optique de durabilité.

La question énergétique a non seulement une dimension climatique mais également politique, économique et sociale.

Jules Nyssen, président du SER

Peut-on réellement promettre qu’une politique énergétique plus durable fera baisser les montants des factures des ménages ?

JN : Je ne suis pas certain que l’on puisse promettre cela, mais l’on maîtrisera mieux la stabilité de nos factures d’énergie. Selon la statistique publique de l’énergie (SDES), la facture énergétique annuelle des ménages en 2023 s’élevait en moyenne à 3678€, dont 1827€ pour le carburant. Si j’ajoute les dépenses énergétiques liées au logement, c’est 65% de cette facture qui est constituée d’énergie fossile importée dont nous ne maîtrisons pas l’évolution des prix. Il va falloir accepter que la transition énergétique vers un système décarboné implique une transformation du modèle économique et social, un changement d’habitudes et des coûts élevés à l’instant T. Elle offrira en revanche une garantie de stabilité et une intégration de cette nouvelle richesse au PIB, puisque nous produirons sur notre sol l’énergie que nous importions. Peut-on encore accepter de prendre le risque de la dépendance internationale dans un monde de prédateurs qui utilisent l’énergie comme arme de domination ?

La réindustrialisation de la France en matière d’énergie est-elle incontournable pour mener à bien une transition énergétique cohérente, à votre avis ?

JN : Tout à fait. La quasi-totalité de nos besoins en carburants et hydrocarbures est aujourd’hui importée. Si l’on souhaite la souveraineté et l’autonomie énergétique de la France, il faut accepter la réimplantation d’infrastructures industrielles supplémentaires sur le territoire, avec l’impact paysager et environnemental qu’elles peuvent parfois impliquer.

Le pétrole et le gaz que l’on consomme aujourd’hui ne sont ni extraits ni produits chez nous, il y a relativement peu de raffineries en France. Nous ne voyons pas les puits de pétrole, les plateformes de forage ou les usines de liquéfaction de gaz. Le fait de ne pas voir les infrastructures de production rend presque l’énergie magique aux yeux du grand public. Réintégrer des éléments dans le paysage commun permettra de changer le regard sur les énergies et transformer notre rapport à la consommation.

Comment les territoires pourraient favoriser l’engouement autour de projets d’énergie renouvelable ?

JN : Dans un premier temps, en mettant en avant les retombées locales et fiscales que cela génère, 2,1 milliards d’€ par an pour les collectivités locales. Par définition, la production d’énergie renouvelable est très intégrée localement. Les riverains d’un territoire sur lequel les installations sont déjà présentes sont souvent leurs premiers défenseurs, grâce à l’appropriation du projet, de la transformation du territoire et surtout des bénéfices générés. Au SER, nous pensons d’ailleurs que les élus locaux devraient exercer plus de responsabilités formelles sur le choix de production énergétique de leur territoire.

Pensez-vous que les populations soient assez informées des tenants et aboutissants concernant les énergies renouvelables ?

JN : La pédagogie permanente reste de mise : expliquer leur utilité, les enjeux autour des énergies renouvelables, leur valeur ajoutée pour le territoire et les retombées directes sur une commune. Remettons du sens et de la fierté dans ces projets en y impliquant les communautés locales. Dans le cas contraire, le projet sera uniquement perçu par le prisme de ses nuisances. Il faudrait également arrêter de raconter n’importe quoi aux gens : il n’y a pas de solution universelle et non, les centrales nucléaires ne vont pas régler tous les problèmes d’énergie en France. La réalité n’est pas dans des positions aussi caricaturales que le 100% nucléaire ou le 100% renouvelable. Les solutions à trouver sont plus complexes.

Quelles sont aujourd’hui les grandes faiblesses du système français en termes de projets d’énergie renouvelable ?

JN : En priorité, je dirai l’absence de programmation stable. Les orientations politiques qui changent en permanence ne peuvent pas s’accorder avec le temps long de la transition énergétique. On peut également mentionner la complexité des procédures, par exemple les incohérences entre le Code de l’Environnement et le Code de l’Énergie. Les questions de l’accès au foncier et de l’accès au financement sont également déterminantes. Pourquoi ne pas imaginer la création d’un produit d’épargne similaire au livret A, fléché sur le financement de la transition énergétique ? Mais le principal frein, encore aujourd’hui, reste le manque de consensus sur le fait que tous ces changements sont nécessaires. Ils sont encore trop souvent vus comme une contrainte. Or la dépendance énergétique est une mâchoire qui se referme sur notre liberté. Là est la véritable contrainte. C’est d’ailleurs ce que nous voulons démontrer dans la première partie de notre plaidoyer. Pour progresser sur le sujet, il faut donc garantir l’accès à l’information et multiplier les débats pour que chacun puisse se faire son idée.

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir énergétique qui se dessine pour la France ?

JN : Je pense qu’il faut avoir confiance. La France dispose de ressources naturelles abondantes, et d’un gros potentiel scientifique. La transition énergétique va conduire à une profonde transformation de nos usages énergétiques. Elle sera un stimulateur important de R&D. Sans être techno-solutionniste, j’ai confiance dans l’idée que l’innovation va nous permettre d’inventer un nouveau modèle durable et compétitif. Et je forme le vœu qu’il s’insère dans une volonté européenne de faire de la décarbonation sa nouvelle norme. Nous ne sommes pas démunis, nous sommes le second marché économique mondial !

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