La Commission de régulation de l’énergie a accordé à Symphonics une dérogation de quatre ans pour expérimenter une tarification spécifique du stockage par batterie raccordé en basse tension au-delà de 36 kVA. L’objectif : inciter les batteries à se charger ou à se décharger au moment où leur comportement est le plus utile au réseau. Une expérimentation qui pourrait préfigurer une évolution plus large du TURPE pour le stockage diffus.
La Commission de régulation de l’énergie a décidé d’ouvrir à Symphonics le bénéfice d’une composante tarifaire jusqu’ici réservée aux installations raccordées en haute tension. La délibération concerne les installations de stockage seul raccordées en basse tension avec une puissance supérieure à 36 kVA et pilotées par l’entreprise.
Cette dérogation est accordée dans le cadre du « bac à sable réglementaire », dispositif introduit par la loi Énergie-Climat pour permettre l’expérimentation temporaire de technologies ou de services innovants lorsque le cadre juridique existant constitue un obstacle à leur déploiement.
Un traitement jusqu’ici réservé à la haute tension
Le TURPE 7 a introduit une composante tarifaire spécifique dite « injection-soutirage » pour certains actifs de stockage raccordés en HTA et HTB. Son principe consiste à envoyer un signal économique aux batteries afin qu’elles adoptent un comportement utile au réseau.
Jusqu’à présent, cette possibilité ne s’appliquait pas aux batteries raccordées en basse tension au-delà de 36 kVA. Le cadre tarifaire en vigueur ne permettait donc pas d’appliquer cette option aux sites de stockage seul raccordés en BT.
Symphonics va pouvoir tester l’extension de ce mécanisme à des batteries de taille intermédiaire, typiquement comprises entre 36 et 250 kVA.
Charger lorsque le réseau reçoit trop d’électricité
Le principe retenu est celui d’un fonctionnement « contracyclique ».
Dans les zones où le réseau connaît d’importantes pointes d’injection, par exemple lorsque la production photovoltaïque locale est élevée, les batteries seront incitées à soutirer de l’électricité et à se charger.
À l’inverse, dans les zones caractérisées par de fortes pointes de consommation, elles seront incitées à injecter leur énergie sur le réseau, afin de contribuer à réduire ces pointes.
Deux grilles tarifaires distinctes seront ainsi expérimentées : une pour les zones dites « d’injection » et l’autre pour les zones dites « de soutirage ». Les coûts appliqués à la puissance, à l’énergie soutirée et à l’énergie injectée pourront être différenciés selon les périodes.
Cinq plages temporelles
Le dispositif ne repose donc pas seulement sur une distinction entre heures pleines et heures creuses.
Les grilles expérimentales comporteront cinq plages temporelles : heures pleines et heures creuses d’été, heures pleines et heures creuses d’hiver, auxquelles s’ajouteront des heures de pointe d’injection ou de soutirage selon la zone concernée.
La CRE définira avec Enedis et Symphonics les grilles tarifaires précises, les zones géographiques concernées et le portefeuille de sites retenus pour l’expérimentation.
L’enjeu est de déterminer si un signal tarifaire suffisamment précis peut modifier réellement le comportement des batteries et apporter une flexibilité utile au réseau de distribution.
Vers davantage de stockage au plus près des usages
L’intérêt du dispositif réside notamment dans sa capacité à favoriser le développement du stockage diffus.
Les grandes batteries raccordées aux niveaux de tension supérieurs peuvent déjà valoriser leur flexibilité dans différents mécanismes de marché ou de réseau. Les batteries raccordées en basse tension disposent aujourd’hui de moins d’outils tarifaires pour rémunérer le service qu’elles peuvent rendre localement.
Or, avec le développement du photovoltaïque, de l’autoconsommation, de la mobilité électrique et des nouveaux usages, la gestion des congestions locales devient un enjeu croissant pour les gestionnaires de réseau.
L’expérimentation doit précisément permettre d’évaluer la capacité de batteries raccordées en BT à adapter leur fonctionnement à la situation locale du réseau.
Une expérimentation sur quatre ans
La dérogation est accordée pour quatre ans à compter de la signature d’une convention entre Enedis et Symphonics, convention qui devra intervenir au plus tard le 1er septembre 2027.
Les clients dont les batteries participeront au dispositif devront donner leur accord préalable. Enedis et Symphonics devront par ailleurs transmettre chaque année à la CRE un bilan détaillé du fonctionnement de l’expérimentation et des indicateurs de suivi.
Si le mécanisme démontre son intérêt, les résultats pourront alimenter la préparation du futur TURPE 8 HTA-BT et conduire à une généralisation du dispositif.
Symphonics veut « libérer le potentiel du stockage en basse tension »
Mathieu Rochard, fondateur et directeur général de Symphonics, estime que le stockage en basse tension souffrait jusqu’ici « d’un cadre tarifaire inadapté par rapport au réseau haute tension ».
Selon lui, l’expérimentation permettra de mieux rapprocher le signal économique de l’utilité technique réelle des batteries pour le réseau.
Au-delà du seul cas de Symphonics, la décision de la CRE ouvre ainsi une question plus large : comment rémunérer le stockage non seulement pour l’énergie qu’il achète et revend, mais aussi pour la flexibilité locale qu’il apporte au réseau ?
Avec la multiplication des installations photovoltaïques et des batteries raccordées en basse tension, cette question pourrait prendre une place croissante dans la prochaine génération de tarifs d’utilisation des réseaux.






