Lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), organisé le 29 septembre, Thomas Pellerin-Carlin, député européen Place Publique et représentant de Raphaël Glucksmann, a défendu une transition énergétique centrée sur le pouvoir d’achat, la sortie des énergies fossiles, l’électrification des usages et une planification de long terme. Son fil conducteur : rendre la transition concrètement bénéfique aux classes populaires et moyennes, notamment dans les territoires ruraux et périurbains.
Thomas Pellerin-Carlin choisit de partir du quotidien plutôt que des seules trajectoires énergétiques. Il évoque notamment les auxiliaires de vie en zone rurale, contraintes de dépenser plusieurs centaines d’euros par mois en carburant, puis exposées aux factures de chauffage. Pour lui, cette dépense nourrit à la fois la dépendance aux énergies fossiles, la vulnérabilité géopolitique de la France et le dérèglement climatique.
Il critique les « zigzags » des politiques énergétiques conduites ces dernières années : réduction de certaines aides, leasing social jugé trop limité, abandon d’une loi de programmation énergie-climat et manque de visibilité pour les industriels. À ses yeux, les entreprises qui investissent, recrutent et forment ne peuvent construire une filière dans un environnement réglementaire instable.
Massifier le leasing social
La première réponse proposée concerne la mobilité. Thomas Pellerin-Carlin défend un leasing social de très grande ampleur permettant notamment aux ménages modestes des zones rurales d’accéder à une voiture électrique.
Il prend l’exemple d’une personne dépensant aujourd’hui environ 300 euros par mois en carburant. Avec un véhicule électrique en leasing social, il imagine une répartition autour de 100 euros de mensualité, moins de 100 euros d’électricité et une économie mensuelle d’environ 100 euros.
Au-delà du gain pour le ménage, il insiste sur le déplacement des flux financiers : l’argent consacré aujourd’hui aux importations pétrolières pourrait davantage financer des emplois industriels français et la production électrique nationale, qu’elle soit nucléaire ou renouvelable.
Rénovation, chaleur renouvelable et territoires
Mais l’électrification automobile ne suffit pas. Thomas Pellerin-Carlin cite également l’isolation des logements, les pompes à chaleur, la géothermie et le solaire thermique. Il met en avant le bois bocager, notamment en Normandie, comme exemple d’une politique énergétique qui peut aussi contribuer à l’agriculture, à la biodiversité et à l’adaptation au changement climatique.
Il résume cette approche comme une écologie « populaire », européenne et enracinée dans les territoires, dont l’objectif serait de permettre aux ménages de « vivre mieux en dépensant moins ».
Une loi de programmation dès les 100 premiers jours
Le principal outil proposé par Place Publique est une loi de programmation énergie-climat, qui serait présentée dès les cent premiers jours d’un éventuel quinquennat de Raphaël Glucksmann.
Inspirée de la loi de programmation militaire, elle fixerait des objectifs, des enveloppes financières et un calendrier pluriannuel. L’ambition est de sanctuariser ces trajectoires afin de donner de la visibilité aux ménages, aux collectivités et surtout aux investisseurs.
Thomas Pellerin-Carlin veut ainsi rompre avec ce qu’il qualifie de « zigzag, zapping et renoncement » des politiques précédentes.
Faire de la transition une amélioration du quotidien
Sur l’acceptabilité sociale, l’eurodéputé conteste l’idée que la transition écologique serait intrinsèquement contraignante. Il juge au contraire qu’elle peut devenir désirable si elle améliore concrètement la vie quotidienne.
Il cite plusieurs exemples : une infirmière à domicile ayant réduit ses coûts grâce à une voiture électrique, un ménage bénéficiant d’une meilleure isolation et d’une pompe à chaleur, ou encore une commune rurale pouvant recevoir des recettes liées à l’installation d’éoliennes.
Pour les ménages les plus touchés par la hausse des carburants, il défend parallèlement des aides immédiates et ciblées, financées notamment par une taxation des superprofits.
Le « reste à charge zéro »
Thomas Pellerin-Carlin insiste aussi sur un principe : rendre les équipements de décarbonation accessibles sans avance financière importante.
Le « reste à charge zéro » qu’il évoque pour le véhicule électrique devrait, selon lui, pouvoir être décliné pour les pompes à chaleur, la géothermie ou encore le solaire thermique. L’enjeu est d’éviter que les ménages renoncent à investir simplement parce qu’ils ne disposent pas du capital nécessaire au départ.
Stabiliser le prix de l’électricité
Autre condition essentielle : restaurer la confiance dans le prix de l’électricité. Thomas Pellerin-Carlin estime que ménages et entreprises doivent disposer d’un tarif suffisamment stable et prévisible pour pouvoir investir dans l’électrification.
Il défend la possibilité de maintenir un tarif réglementé et de mieux l’adosser aux coûts de production, afin d’éviter que la crainte de futures hausses ne freine les décisions d’investissement.
Sécuriser les investissements dans les renouvelables
Enfin, le représentant de Place Publique souhaite garantir aux filières renouvelables une stabilité réglementaire et une programmation pluriannuelle des investissements. Il appelle également à renforcer le rôle de la Banque européenne d’investissement, de la Caisse des dépôts et de la Banque des Territoires afin de réduire les risques financiers des projets.
La ligne défendue par Thomas Pellerin-Carlin repose ainsi sur une articulation entre pouvoir d’achat, électrification, renouvelables, chaleur décarbonée, planification et politique industrielle européenne. Avec une conviction centrale : la transition énergétique ne réussira durablement que si elle apporte aux ménages davantage de sécurité économique et aux entreprises la visibilité nécessaire pour investir.
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