Tribune de Comwatt : Voitures électriques et tensions sur les réseaux, une solution tombée du ciel

La mobilité électrique est un challenge important pour notre réseau électrique. Faut-il doubler les infrastructures actuelles et s'engager dans des investissements colossaux ? Avec le Cloud computing et le solaire, une solution simple et peu couteuse n'est-elle pas au-dessus de notre tête ?

La voiture électrique est très gourmande en électrons. Impossible d'y échapper, chaque semaine de nouvelles annonces confirment que dans un avenir proche, 100% des voitures seront électriques. Calendrier du passage au tout électrique :

2019 : Volvo
2025 : La Norvège (pourtant gros exportateur de pétrole)
2030 : L'Allemagne, l'Inde et la Suède
2040 : La France et La Grande Bretagne

Ce changement de technologie est une chance importante pour l'environnement et pour notre économie. Un seul exemple, le constructeur Français Renault (avec son partenaire Nissan) domine actuellement le marché de la voiture électrique à l'international avec plus de 460 000 véhicules vendus jusqu'à aujourd'hui. « Ce qui est deux fois plus que notre compétiteur immédiat et le plus médiatisé, Tesla », a déclaré Carlos Goshn, son PDG, lors de l'Assemblée générale des actionnaires en juin. La Zoé de Renault est ainsi la voiture électrique la plus vendue en France et en Europe.

100% de voitures électriques = un doublement de la puissance de pointe

Mais le développement de toutes ces voitures électriques nécessite une remise à plat de toutes les infrastructures électriques. Déjà en 2017 les fournisseurs d'électricité Anglais et Italien recommandent de limiter la consommation électrique (pas de bouilloire, ni de micro-onde) quand une voiture électrique se recharge. Que va t-il se passer quand le parc automobile électrique va se développer ? Selon une étude de France Stratégie, un parc 100 % électriques consommerait près de 90 TWh par an. Ce qui correspond à un surplus de 20 % de la consommation d'électricité actuelle en France. 

De plus, ce qui risque de poser problème c'est la concomitance des recharges. « Un parc de 30 millions de véhicules électriques se rechargeant en même temps, même lentement à 3 kW, nécessiterait une puissance supplémentaire installée de 90 GW, soit un quasi-doublement de la demande de pointe actuelle ». Il est financièrement impossible de doubler tous les moyens de production électrique et toutes les lignes électriques, l'investissement serait gigantesque. 

Alors la voiture électrique est-elle condamnée à rester à un niveau marginal ?
Heureusement il existe une solution à ce problème et elle est au dessus de notre tête. Le solaire couplé aux objets connectés est une solution qui répond aux principaux enjeux de la mobilité électrique. Cette solution repose sur deux avantages décisifs. 

Premièrement un prix de production bas : Dans le cadre d'une étude prospective, l'ADEME a publié ses visions énergétiques et climatiques à l'horizon 2030-2050. Le scenario d'un mix électrique 100% renouvelable apparaît non seulement possible mais rentable car le prix du solaire a été divisé par 10 en 10 ans.

Deuxièmement, la synchronisation offre / demande : Il y a 50 ans, l'internet des objets n'existait pas, nous n'avions aucun moyen simple de synchroniser l'offre et la demande électrique, le réseau électrique français a donc été dimensionné pour les périodes de pointes qui n'arrivent que quelques heures par an. Pour faire un parallèle dans le monde du transport, c'est comme si nous avions dimensionné les TGV pour que tous les français puissent partir tous en vacances le même jour et dans le même train. Je vous laisse imaginer la taille du train et son prix…de plus ce train serait vide le reste de l'année. Ainsi le prix du transport de notre électricité coute très cher, plus de 50% de votre facture hors taxes. La mobilité électrique cela va encore multiplier ces frais de transport.

Un prix de transport de l'électricité proche de zéro

Heureusement grâce aux récents progrès exponentiels des objets connectés et du solaire, il est possible de lisser les pics de consommations et de synchroniser l'offre et la demande électrique afin d'exploiter pleinement le potentiel des énergies renouvelables. En effet, il devient simple de déplacer les consommations électrique des véhicules électriques et de tous les gros consommateurs d'électricité (chauffage, chauffe eau, lave linge, frigo, clim, piscine,..) sans impacter le confort des utilisateurs et à un prix doublement bas.

A bas prix de production, les appels d'offre solaires battent tous les mois des records de prix bas, devant le charbon, le gaz et le nucléaire.
A bas prix de transport, car combien coutera le transport de l'électricité entre votre toiture (ou celle de votre voisin) et votre future voiture électrique ? Un prix proche de zéro euro.

Inutile donc de faire venir du pétrole du moyen orient, du gaz de Russie ou des Etats Unis quand il est possible de faire appel aux énergies locales. Nous avons donc tous les outils sous la main pour que la transition énergétique et la mobilité électrique se renforcent mutuellement pour le plus grand bonheur des citoyens et de l'environnement.
Tribune de Grégory Lamotte, président et fondateur de Comwatt SAS, initialement publiée dans Les Echos 

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5 Commentaires

  1. Voiture électrique, danger ou opportunité ?
    On commence à entendre sérieusement de la part de voix autorisées – même Van Beurden, le PDG de Royal Dutch Shell – que l’avenir de l’automobile sera la voiture électrique ! Attention, attention ! Est-ce qu’il n’y aurait pas dans cette annonce/prédiction, à la fois un réel danger et une vraie opportunité !
    Le danger c’est de continuer à penser que l’équipement d’un nombre croissant de ménages en voitures particulières -fussent- elles électriques !- est un indice incontestable de développement ! (une auto par ménage en pays pauvre, deux et plus en pays riches !!) Le résultat est pourtant tout à la fois prévisible, désastreux….. et bien analysé depuis plus de trente ans : pollutions, progression des encombrements, réduction de la vitesse moyenne de circulation en ville, asphyxie urbaine, consommation croissante d’espaces périurbains au détriment des cultures alimentaires pour les villes …N’oublions pas que cette si chère « bagnole » ne roule que 4% de sa durée de vie , mais qu’elle « mange » en parking en ville, 4 fois plus de place qu’une moto et 8 à 10 fois plus d’espace qu’un vélo ! C’est donc l’outil qui tue ou qui étouffe la ville dense de l’avenir, mange ses rares espaces disponibles, tout autant que ses finances !
    Malgré ces tares évidentes, le dogme de « ma voiture à moi tout seul ! » ou de « l’autosolisme »(comme on dit au Québec) a encore la vie dure. Son acquisition reste tout à la fois un acte sacré, et surtout qui pose son homme ! Et en plus, maintenant, la voiture électrique nous dédouane de toute mauvaise conscience puisqu’elle permet de rouler propre ! Or, en raisonnant ainsi, est ce qu’on n’est pas en train de piloter l’avenir avec les deux yeux dans le rétroviseur ! Et sans voir que les « années soixante » sont loin derrière et qu’il serait grand temps de penser « climat » et « avenir de l’homme sur terre » ! Donc partager l’usage des voitures plutôt que d’acheter et stocker chez soi, chacun la sienne !! Même l’argument « empois » ne tient plus vraiment la route : dés 2003, l’économiste Ph Quirion pointait que la construction auto(y compris sous traitance) créait, en France, six fois moins d’emplois par million € investit, que la branche « bâtiment »; et que dire de la seule rénovation thermique des bâtiments anciens qui en crée prés de dix fois plus!
    Et si pour une fois, nos politiques et nos marketeurs se mettaient sérieusement à parler « mobilité » plutôt qu’ « équipement et circulations de voitures individuelles », et le besoin croissant voiries pour y faire face ! Et c’est là que le nouveau marché de la voiture électrique devient un des solides éléments de l’avenir : elle deviendrait l’essentiel du parc des véhicules urbains, en voitures partagées essentiellement et bien sûr pour les livraisons des derniers km ! (1)
    Pour commencer à penser avenir durable, cessons alors de considérer cette fameuse bagnole, comme un magique « couteau suisse personnel » qui serait aussi pertinent pour faire trois km tout seul que deux mille km avec famille et bagages !
    Ce changement technologique du passage à l’électrique doit donc être l’occasion d’un changement d’usage ! C’est une vraie chance si on en profite pour faire évoluer profondément, l’usage urbain actuel de la voiture individuelle ! Ne pas le faire, ce serait passer à coté d’une très forte opportunité, donc une vraie faute ! Pour moi qui ai grandit en proche banlieue parisienne, je riais déjà sur ma Mobylette, des encombrements qui immobilisaient le pont de Suresnes dans les années 60…..que dire alors de retrouver les mêmes immobilités dans leur voiture electrique, 80 ans après, avec seulement moins de bruit de fond et moins de fumées d’échappements !
    Plutôt que cette fameuse voiture privative qu’on croit polyvalente, préférons au XXI siecle, à chaque besoin de mobilité sa réponse, son engin adapté, utilisé pour le cadre et pour la durée adaptée ! Et puis avec l’avancée de la voiture autonome – du genre de celle qui se prépare chez Googlecar- c’est une voiture partagée qui viendra seule vous chercher, qui conduira toute seule et puis qui ira chercher d’autres personnes !
    Et le rappel de quelques données techniques de base rend l’analyse encore plus intéressante : un Vélo Assistance Electrique (VAE) en pleine puissance, à 25 km/h, a besoin de 250 W soit 25% de la puissance demandée par un grille pain. Une petite voiture électrique nécessite 47 000 W soit quasiment 200 fois la puissance pour un VAE ! Et ce pour faire la plupart du temps, des déplacements pouvant être fait en vélo… Or cette « gourmande en énergie » est subventionnée jusqu’à 10 000 € contre 200 € pour un VAE !
    Donc au quotidien, l’électricité va jouer un grand rôle dans la mobilité ! Mais avec des réponses durables donc radicalement différentes, en commençant par le deux roue à assistance électrique, qui est certainement l’un des principaux outils d’une vraie mobilité urbaine pour les années 2020 !
    Philippe VACHETTE, Aout 2017
    (1) Dans nos villes nous n’avons pas besoin de plus de voitures sans conducteurs, nous avons besoin de plus de conducteurs sans voitures. (M. de Brömmelstroet, Pays-Bas)

  2. Cette évolution va dans le bons sens, reste à en gérer la transition de manière efficiente, proactive et non subie.
    Utiliser le solaire photovoltaïque et l’éolien pour recharger les véhicules électriques semble aller de soi.
    Mais n’oublions pas que des intérêts énormes sont en jeu et que beaucoup espèrent en tirer profit, quitte à verrouiller le marché.
    Bien sur, ce ne serait qu’une perte de temps inutile, puisque à long terme la concurrence mondiale joue le rôle d’arbitre et qu’un pays qui prend du retard technologique est immanquablement pénalisé.
    Dans ce cas, en raison du dérèglement climatique il y a même urgence, ce qui devrait justifier la levée de toute entrave au progrès.

  3. Bonjour
    Je m’interroge personnellement sur la raison de l’échec du modèle de la société BetterPlace de Shaï Agassi … Connaissez-vous son histoire?
    (http://www.econostrum.info/Le-concept-Better-Place-reste-toujours-d-actualite_a18882.html)
    Et si l’industrie automobile et celle de la production électrique travaillaient en bonne intelligence… (En France d’abord et ailleurs ensuite!)
    Le véhicule électrique pourrait se défaire de ses critiques…
    – autonomie 
    – stockage électrique coûteux
    – recharge lente
    – prix des véhicules
     – … Autres, changement d’habitude, véhicule de proximité, …
    … La production énergétique peut l’y aider…
    – les énergies renouvelables pâtissent souvent de l’idée que la ressource (vent, soleil, parfois eau) est « intermittente »- Il convient d’abord de dire qu’elle est plutôt variable, assez régulière, et prévisible –
    – la conversion de ressources naturelles, inépuisables, non delocalisables que nous pouvons faire sur notre territoire (via l’éolien, le photovoltaïque, l’hydraulique, la biomasse, etc.) apporte de la richesse économique, en produisant localement de l’énergie que nous n’importons donc pas (on cesse de « dilapider » nos devises pour importer de l’énergie dont nous avons besoin, en ne l’important pas de l’étranger) 
    – sans s’étendre sur le sujet, l’aspect diversification des approvisionnements énergétiques est une nécessité… Pour l’électricité,  la diversité de production sur notre territoire, en évitant d’importer reste essentielle (les ressources inépuisables étant diverses mais variables, la complémentarité et le foisonnement de celles-ci en font la force!)
    – il est évident que la question du stockage s’impose de fait: il faut lisser les pics de production d’une énergie électrique produite en excès quand la ressource est abondante; palier le manque de cette dernière quand plus d’électricité est nécessaire. Un « outil de stockage » disséminé sur le territoire, à proximité des ressources (qui se trouvent elles mêmes disséminées aléatoirement sur notre territoire, au grès de leur atout -vent soleil rivière biomasse en quantité etc…) semble indispensable.
    – mais on nous dit que le stockage par batterie est limité…
    Et moi je vous dis qu’il est potentiellement disponible de manière pléthorique! Comment?
    En alliant l’industrie du transport électrique [à (re-)inventer et construire] a l’industrie de la production d’énergie renouvelable.
    On nous dit trop souvent que la voiture électrique renforcerait la demande électrique …
    Il n’en serait rien si la voiture électrique contribuait à pallier le manque de l’outil « stockage » de l’industrie de la production électrique (outil évoqué plus haut)
    Comment faire, me direz-vous?
    … Idée, concept à IMPOSER (hommes et femmes politiques tenez vous prêt à agir! C’est entre leurs mains; imposer un cadre technique et le faire respecter… Est-ce encore de leur ressort!? ) :
    Un véhicule électrique vendu sur le marché = 3 batteries « standards », amovibles vendues et mises sur le marché:
    – une batterie directement fixée sous le châssis de la voiture (avec attaches rapides)
    – une batterie directement branchable au domicile de l’acquéreur du véhicule (produisant ou non de l’électricité de manière autonome-PV essentiellement si possible)
    – une batterie mise à disposition du réseau de station service national, à l’image des bombonnes de gaz butane/méthane, ayant toutes le même format! Ces stations étant disséminées sur le territoire, et pouvant directement être reliées à des productions EnR décentralisées (grand éolien, centrale PV, hydro, biomasse…)
    Et voilà… 
    Ces dernières batteries étant évidemment interchangeables avec celles de tout véhicule roulant, voulant faire le plein en intervertissant tout simplement la batterie vide et roulante -en a peine un battement de vérin hydraulique d’automates- (2min quoi!), par une batterie rechargée dans la station alimentée notamment par des EnR produites à proximité…
    La réserve de batterie aura donc joué le rôle indispensable de « tampon » pour un réseau Smart grid efficace, et les EnR auront servi à alimenter les transport… gros producteur de GES, et consommateurs d’énergie en France! On aura alors solutionné deux problèmes : pénétration des EnR et résorption de la demande en Energie carbonée!
    Ainsi, en passant par des politiques courageuses (ou bien [hommes/femmes] Politiques courageux! Mettant à notre profit l’évolution technologique que nécessite notre outils réseau électrique (qui soit dit en passant nous appartient à nous, citoyens – Enedis/RTE et autres gestionnaires étant mandatés pour nous l’exploiter, l’entretenir et le faire évoluer intelligemment) –> 
    Le SmartGrid
    – Intégration des EnR
    – Gestion de la variabilité des ressources énergétique/électrique via des systèmes tampon / stockage, destockage de l’électricité 
    – ceux-ci même qui seraient au service des transports, devenus plus électriques:
    La vision, ainsi portée par des politiques cohérentes et courageuses (par exemple: le législateur impose un modèle standard de batterie par typologie de véhicule – VL, PL, car, etc…-, avec une diversité de marques et technologies possibles) permettrait, sur le plan national, voire européen, de donner une vision positive de l’avenir des transports en cohérence avec celles de l’énergie.
    Les deux domaines s’apporteraient l’un à l’autre dans une approche gagnant gagnant… 
    Et aux oubliettes les Energies fossiles!
    Durablement
    Anthony Weider 

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