Le 1er juillet 2026, Sun’Agri présente à Servian, dans l’Hérault, une nouvelle installation agrivoltaïque dynamique déployée au-dessus des vignes du Domaine Saint-Michel. Ce projet illustre la montée en puissance d’une technologie française conçue pour protéger les cultures face aux aléas climatiques, tout en produisant de l’électricité renouvelable.
L’agrivoltaïsme dynamique trouve ses origines dans les travaux engagés dès 2009 par Sun’R avec l’INRAE. Le principe consiste à installer des persiennes photovoltaïques mobiles au-dessus des cultures, à une hauteur suffisante pour permettre le passage des engins agricoles. Pilotées par des algorithmes conçus en fonction des besoins de la plante, elles s’inclinent pour ajuster l’ensoleillement ou l’ombrage. L’objectif est clair : faire de la production solaire un outil de protection agronomique.
Protéger la vigne face au changement climatique
À Servian, le projet répond à des enjeux très concrets pour la viticulture occitane. Hausse des températures, stress hydrique, ensoleillement excessif, brûlures sur les feuilles et les fruits, grêle plus fréquente, gelées printanières : les effets du changement climatique fragilisent déjà les vignobles. Le Domaine Saint-Michel en a fait l’expérience en 2021, avec un épisode de gel ayant entraîné la perte de 100 % de la production viticole.
La famille du Roure exploite 30 hectares de cultures céréalières et 10 hectares de vignes conduites en agriculture raisonnée, avec la mention Haute Valeur Environnementale. Alix du Roure, qui a repris l’exploitation familiale, assurera la conduite de la vigne pendant toute la durée de vie du projet. Les raisins produits seront apportés à la cave coopérative d’Alignan-du-Vent et valorisés sous IGP Côtes de Thongue et Oc.
L’installation couvre 3,2 hectares au total, dont 2,5 hectares sous persiennes agrivoltaïques et 0,77 hectare de zone témoin. Deux cépages sont concernés : le Caladoc et le Grenache noir. La structure, haute de 4,6 mètres, permettra de protéger une partie significative du vignoble tout en conservant l’activité agricole.
Un pilotage agronomique indépendant
Le suivi agronomique est confié à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Des stations météo mesurent la température, l’humidité de l’air, le rayonnement, la pluviométrie et le vent. Des tensiomètres installés dans le sol suivent la disponibilité en eau afin d’améliorer le pilotage de l’irrigation. Les mêmes capteurs sont installés sur la zone témoin, permettant de comparer les données entre la parcelle protégée et la parcelle non équipée.

Les objectifs agronomiques sont multiples : protéger la vigne contre le gel et l’excès de rayonnement, réduire le stress radiatif, maîtriser le microclimat, optimiser l’irrigation et contribuer à limiter la hausse du taux d’alcool des vins. Sun’Agri annonce, pour ce type de dispositif, une protection climatique pouvant atteindre jusqu’à -5 °C dans l’air et -10 °C au niveau des feuilles sous les persiennes, ainsi qu’une réduction pouvant aller jusqu’à 30 % des besoins en irrigation.
2,05 MWc pour financer un outil d’adaptation
La centrale développe une puissance de 2,05 MWc, soit l’équivalent de la consommation électrique de plus de 1 550 foyers. Le projet représente un investissement total de 2,8 millions d’euros, porté par Râcines, plateforme d’investissement dédiée au financement de projets agrivoltaïques, gérée par RGREEN INVEST. Sun’Agri précise ne pas se positionner comme investisseur ni producteur d’électricité, afin de garantir la priorité donnée à la production agricole.
Le projet a été labellisé par l’AFNOR en avril 2023 comme « Projet agrivoltaïque de Classe A – Phase Développement ». Il a obtenu son permis de construire en août 2023, avant d’être désigné lauréat de l’appel d’offres Innovation de la Commission de régulation de l’énergie en mars 2024. La construction s’est achevée en juillet 2025 et la plantation des vignes a eu lieu en mars 2026.
Pour Alix du Roure, l’enjeu est d’anticiper plutôt que de subir. « Avec ce projet agrivoltaïque, nous faisons le choix d’anticiper plutôt que de subir. Il va nous aider à mieux protéger notre vignoble, à faire évoluer nos pratiques et à préparer l’avenir de l’exploitation », souligne la viticultrice du Domaine Saint-Michel.
À Servian, l’agrivoltaïsme dynamique apparaît ainsi comme un outil d’adaptation agricole autant qu’un projet de production d’électricité renouvelable. Une illustration concrète de la manière dont le solaire peut contribuer à la résilience des exploitations viticoles face aux dérèglements climatiques.





