C3IV : le solaire thermique va enfin rejoindre les industries vertes soutenues par l’État

Roland Lescure a annoncé, jeudi 27 août devant le Medef, l’élargissement du crédit d’impôt pour les investissements dans l’industrie verte à quatre nouveaux secteurs, dont le solaire thermique. Une décision attendue par les professionnels, qui corrige une anomalie du dispositif français : alors que le pays dispose d’une industrie solaire thermique structurée et exportatrice, celle-ci restait jusqu’à présent exclue du C3IV.

Le périmètre du crédit d’impôt pour les investissements dans l’industrie verte, ou C3IV, va être étendu. Lors de son intervention à la Rencontre des entrepreneurs de France organisée par le Medef, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a annoncé l’intégration de quatre nouveaux secteurs : les réseaux électriques, le solaire thermique, les groupes de batteries destinés aux véhicules électriques et les aimants permanents utilisés pour certaines applications.

Cette annonce intervient quelques semaines après la publication de l’arrêté du 10 août 2026 précisant les équipements, composants essentiels et matières premières entrant dans le champ du dispositif. Le texte concernait jusqu’à présent quatre grandes filières stratégiques de la transition énergétique : le photovoltaïque, les batteries, les éoliennes et les pompes à chaleur.

L’ajout du solaire thermique nécessitera désormais d’être traduit dans les textes réglementaires déterminant précisément les équipements et les dépenses éligibles. Il ouvre néanmoins une perspective nouvelle pour les industriels français souhaitant créer, moderniser ou augmenter leurs capacités de production.

Une revendication ancienne d’Enerplan

L’inclusion du solaire thermique dans le C3IV constitue une revendication portée depuis longtemps par Enerplan. Dès la préparation du dispositif, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire avait interpellé les pouvoirs publics sur l’incompréhensible exclusion d’une technologie renouvelable directement mobilisable pour décarboner les bâtiments, l’industrie et les réseaux de chaleur.

Le solaire thermique utilise le rayonnement solaire pour produire directement de la chaleur, sans passer par la production d’électricité. Ses applications couvrent les chauffe-eau solaires individuels et collectifs, les systèmes solaires combinés, les installations de grande taille destinées à l’industrie ainsi que l’alimentation des réseaux de chaleur.

La filière française compte des fabricants de capteurs thermiques, de systèmes hybrides photovoltaïques-thermiques, de ballons de stockage, de chauffe-eau solaires et d’équipements de régulation. Elle représente près de 3 000 emplois directs et dispose encore d’un savoir-faire industriel réparti sur plusieurs territoires.

Selon les données présentées par Enerplan, cette industrie a réalisé plus de 170 millions d’euros d’exportations en 2024. Contrairement au secteur des modules photovoltaïques, très largement dépendant des importations asiatiques, l’industrie française du solaire thermique est exportatrice nette.

Corriger une incohérence du dispositif

L’exclusion initiale du solaire thermique apparaissait d’autant plus difficile à comprendre que le C3IV vise précisément à favoriser l’implantation et le développement en France des industries nécessaires à la transition énergétique.

Les entreprises fabriquant des composants pour des panneaux photovoltaïques ou des pompes à chaleur pouvaient prétendre au crédit d’impôt, tandis que celles produisant des capteurs solaires thermiques ou des chauffe-eau solaires en étaient écartées. Le dispositif privilégiait ainsi la production d’électricité renouvelable et certaines technologies de chauffage électrique sans prendre en compte la production directe de chaleur solaire.

Or la chaleur représente une part majeure des consommations énergétiques françaises. Le solaire thermique permet de substituer une énergie locale et décarbonée au gaz, au fioul ou à l’électricité pour de nombreux usages thermiques. Il contribue également à réduire les pointes de consommation électrique liées à la production d’eau chaude.

Son intégration au C3IV rétablit donc une forme de neutralité entre les différentes technologies renouvelables.

Un levier pour moderniser les capacités industrielles

Le C3IV peut prendre en charge une partie des investissements consacrés aux bâtiments, aux équipements industriels et aux actifs nécessaires à la production. Son taux dépend notamment de la taille de l’entreprise et de la localisation du projet, avec des niveaux de soutien renforcés dans certaines zones.

Pour la filière solaire thermique, le dispositif pourrait faciliter l’automatisation des lignes, l’augmentation des capacités, l’amélioration des performances des capteurs et le développement de nouveaux produits associant solaire thermique, photovoltaïque et stockage de chaleur.

L’annonce constitue donc un signal favorable, mais sa portée dépendra du contenu des textes d’application. La définition des composants éligibles devra couvrir suffisamment largement la chaîne de valeur française : capteurs, absorbeurs, vitrages spécifiques, ballons, systèmes de régulation et équipements hybrides.

Après plusieurs années de mobilisation professionnelle, le solaire thermique obtient enfin la reconnaissance de sa dimension industrielle. Cette extension du C3IV corrige une anomalie et offre à la France l’occasion de consolider une filière renouvelable dans laquelle elle dispose encore d’usines, de compétences et d’une balance commerciale positive.

Pour retrouver le détail de l’arrêté du 10 août 2026

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