Dans son rapport thématique 2026, Omnegy décrit une forte accélération des besoins électriques liés aux data centers et à l’intelligence artificielle. Leur consommation mondiale pourrait approcher 950 TWh en 2030, soulevant une question centrale : comment accompagner cette croissance sans renforcer la dépendance au gaz et au charbon ?
L’essor de l’IA transforme à la fois l’économie numérique et les systèmes énergétiques. Les capacités de calcul, le stockage des données et le refroidissement des équipements nécessitent des centres de données toujours plus nombreux et puissants.
Selon le rapport « Data centers, IA et consommation d’énergie – Édition 2026 », les data centers ont consommé environ 485 TWh en 2025, contre 415 TWh en 2024, soit une hausse de 17 % en un an. Leur demande électrique progresse désormais quatre fois plus vite que la consommation mondiale d’électricité.
Vers 950 TWh en 2030
Dans le scénario central, la consommation pourrait atteindre environ 950 TWh en 2030, presque deux fois plus qu’aujourd’hui. Un scénario haut l’estime entre 1 050 et 1 100 TWh.
La consommation des centres dédiés à l’IA aurait, à elle seule, augmenté de 50 % en 2025 et pourrait tripler d’ici la fin de la décennie. Cette accélération est notamment portée par l’IA agentique, capable d’enchaîner de nombreuses opérations autonomes et beaucoup plus énergivores qu’une simple requête textuelle.
Les serveurs concentrent environ 60 % de la consommation d’un data center et le refroidissement près de 18 %. L’amélioration du PUE, le refroidissement liquide, la récupération de chaleur et le pilotage intelligent des équipements constituent donc des leviers essentiels pour limiter les besoins.
Une dépendance fossile persistante
En 2024, environ 58 % de l’électricité consommée par les data centers provenait encore du gaz ou du charbon. Malgré le développement des énergies renouvelables, cette proportion pourrait peu évoluer à court terme, tant la demande progresse rapidement.
Aux États-Unis, qui concentrent près de 45 % de la consommation mondiale des data centers, le gaz naturel est privilégié pour répondre aux besoins immédiats. En Chine, le charbon reste dominant, parallèlement à la progression du solaire, de l’éolien et du nucléaire.
Cette évolution pourrait entraîner une hausse des émissions du secteur électrique jusqu’en 2030 ou 2032. Les entreprises technologiques renforcent néanmoins leurs achats d’électricité renouvelable et auraient représenté environ 40 % des PPA renouvelables signés dans le monde en 2025.
Nucléaire et renouvelables pour les hyperscalers
Pour garantir une alimentation continue, les grands groupes du numérique se tournent également vers le nucléaire. Le rapport recense plus de 9,7 GW d’accords annoncés par les GAFAM en mai 2026.
Microsoft mise notamment sur le redémarrage d’un réacteur existant, tandis qu’Amazon, Google et Meta s’intéressent aux réacteurs classiques ou aux petits réacteurs modulaires.
Pour éviter une « refossilisation » du système électrique, le rapport préconise de combiner nucléaire, solaire, éolien, stockage, flexibilité et contrats d’approvisionnement à long terme.
La France dispose d’atouts importants
La France serait devenue en 2025 la première destination mondiale des investissements directs étrangers consacrés aux data centers. Elle compterait plus de 350 sites, contre environ 200 en 2020, et pourrait en accueillir près de 500 en 2030.
Leur consommation aurait atteint 12,7 TWh en 2024, soit environ 2,2 % de la consommation nationale. Elle pourrait s’élever à 15 à 20 TWh en 2030, puis à 23 à 28 TWh en 2035 selon le scénario de décarbonation rapide de RTE.
Le pays bénéficie d’une électricité faiblement carbonée, de capacités de production importantes et d’un environnement industriel attractif. Ces avantages pourraient lui permettre d’accueillir la croissance numérique tout en limitant son empreinte climatique.
Découpler croissance numérique et émissions
Pour Omnegy, la décennie 2025-2035 sera décisive. L’enjeu consiste désormais à dissocier la création de valeur numérique de la hausse des émissions de CO₂. L’IA peut aussi contribuer à optimiser les réseaux, prévoir les consommations et améliorer l’efficacité énergétique. Mais sa croissance ne sera soutenable que si les capacités de production décarbonée, le stockage et la flexibilité progressent aussi rapidement que les besoins des machines.





