"Votre article met clairement en doute l'honnêteté intellectuelle des travaux réalisés par France Stratégie dans sa note « Transition énergétique allemande : la fin des ambitions ? », ceci sans que vous fournissiez la moindre preuve de chiffre ou de raisonnement qui serait erroné. Vous mettez ainsi en cause le travail qui a pu être fait par un organisme public réputé et qui s'appuie sur l'analyse de nombreuses données et déclarations officielles, alors que vous-même vous permettez d'affirmer des contre-vérités sans avancer le moindre chiffre ou la moindre référence :
- « la création d'une filière générant plusieurs centaines de milliers d'emplois non délocalisables ». La note publiée par France Stratégie montre justement le contraire. Ces emplois se sont avérés fortement délocalisables, vers la Chine en particulier et 100.000 emplois ont été détruits dans le solaire PV, et la dernière faillite en date, celle de Solarworld, le dernier fabricant allemand de modules, va laisser 2000 employés sur le carreau. La filière éolienne allemande réclame actuellement des mesures d'urgence pour la soutenir car de semblables menaces pèsent également sur son secteur.
- « un mix énergétique plus équilibré et de plus en plus décarboné » On peut se demander si Tecsol a bien lu la note de France Stratégie qu'il critique, ou même regardé le graphique de la première page. De l'aveu même des dirigeants allemands, l'Energiewende ne va pas permettre d'atteindre ses objectifs en matière de réduction de gaz à effet des serre et l'usage du charbon n'a pour l'instant pas diminué
- « les constructeurs automobiles lancés à plein régime dans la mobilité électrique partout sur la planète ». Pour l'instant, les dirigeants allemands sont plus occupés à limiter les conséquences du scandale du diesel qu'à développer une filière électrique et le débat fait rage dans le pays.
- « un savoir-faire technologique notamment dans les métiers du digital et de l'internet de l'énergie ». La note traite de la transition énergétique de l'Allemagne et pas de celle de la Californie. L'Allemagne est un des seuls grands pays d'Europe à ne pas avoir de plan de déploiement de compteurs intelligents, alors que la nature de son mix électrique très intermittent le nécessiterait. Sur quelles réalisations exemplaires dans ce domaine outre-Rhin vous appuyez vous dans cette affirmation ? "
La rédaction du blog a donc pris acte de ce droit de réponse et a soumis ces remarques à Vincent Boulanger, journaliste français, éminent spécialiste de la transition énergétique allemande. Voici ces précisions.
Sur la destruction d'emplois :
« 100 000 emplois n'ont pas été détruits en Allemagne dans le solaire (PV et solaire thermique confondus) entre 2012 et 2015 (dernier chiffre disponible) mais 71 800, ce qui est déjà assez considérable. Les créations d'emplois de l'éolien n'ont pas réussi à compenser cette perte, puisque le solde pour l'ensemble des filières EnR est négatif avec une perte de 69 800 emplois sur la période. Ceci dit, la filière PV enregistre une reprise en 2017, ce qui devrait enrayer l'hémorragie. Enfin pour l'anecdote, pas plus SolarWord cet été que Q-cells avant elle, n'ont disparu. SolarWorld est en train d'être repris par son créateur, Frank Asbeck, avec l'aide de fonds Qataris. L'histoire n'est pas finie ».
Sur l'aveu même des dirigeants allemands quant à la réduction de gaz à effet de serre et l'usage du charbon :
« Je ne sais pas de quels dirigeants allemands il est question. La ministre de l'Environnement avertit sur le risque de rater l'objectif 2020, mais la chancelière et vice-chancelier sont avertis du risque, en témoigne les mesures prises en juillet 2015 pour réussir à atteindre l'objectif. Un monitoring est réalisé chaque année par un comité scientifique qui engage le gouvernement à agir et de nombreuses mesures sont encore à venir, notamment l'arrêt de 2,7 GW de centrales lignite décidé en 2015. Et oui, l'usage du charbon a diminué entre 2011 (262,5 TWh) et 2016 (261,5 TWh) malgré l'arrêt de 9 tranches nucléaires et un triplement du solde exportateur ! »
Sur la mobilité électrique :
La plateforme nationale électromobilité (Nationale Plattform Elektromobilität) a été fondée par le gouvernement en 2010, soit bien avant le scandale Volkswagen. Ce dernier a d'ailleurs fait connaître l'an dernier sa stratégie 2025 prévoyant des investissements massifs dans les véhicules électriques. 30 nouveaux modèles électriques doivent sortir avec un objectif de vente annuel de 3 millions de véhicules. Le programme de la CDU pour les prochaines élections stipule que l'Allemagne doit redevenir un lieu de production de cellules de batteries, tandis que le consortium Terra E prévoit la construction d'une Gigafactory… La réflexion sur le véhicule du futur et la transition dans les transports (Verkehrswende) est loin d'être absente des débats, dans un pays qui se considère comme le berceau de l'automobile avec 800 000 emplois à la clé et la marque Made in Germany à faire valoir. L'industrie automobile allemande n'entend pas perdre aussi facilement son leadership.
Sur le digital :
« L'Allemagne soutient depuis 2013 l'autoconsommation photovoltaïque ce qui a donné lieu à des dizaines d'offres packagées PV+batteries et de la R&D sur le pilotage de l'énergie. De même, les instituts de recherche planchent sur les mix 100% renouvelables, ce qui implique le développement de centrales virtuelles, intelligentes. Le déploiement de compteurs intelligents chez les particuliers a été jugé par l'ex-ministre de l'industrie Sigmar Gabriel, comme une option coûteuse et non utile. L'intelligence peut être apportée au réseau au niveau des postes et pas des compteurs. »
Un grand merci à Vincent Boulanger pour sa contribution très argumentée à ce débat que nous désirons respectueux et équilibré.
Pour en savoir plus sur la transition énergétique allemande, nous vous conseillons l'ouvrage de Vincent Boulanger, paru en mars 2017 et actualisé : « Transition énergétique : Comment fait l'Allemagne ? »






Oui, le papier de France Strategie est un billet d’opinion qui utilise une methode bien connue de denigrment : s’appuyer sur des chiffres irrefutables pour le detourner et denigrer, inserer le doute et dire aux nucleocrates ce qu’ils ont envie d’entendre.
Rien sur le deploiement des generateurs PV + batterie.
Rien sur le deploiement des VE et la volonté affichée de construire 4 à 4 gigafactory.
Rien sur lef ait que les derniers AO en eolien en mer du nord ont ete faits avec une aide de 0 c€ / kWh.
Bref on critique l’instant sans aucune vision d’avenir, dommage pour un organisme soi-disant strategiste.
On pourra également poser la question de l’éthique de faire écrire un tel rapport par un expert lié à EDF sans faire mention du risque de conflit d’intérêt potentiel.
Emplois délocalisé du, par exemple, au veto de la commission européenne (non élue) à l’initiative française visant à conditionner les aides , fiscales et autres , à l’utilisation d’équipement français ou européens, tout le monde avait bien sûr constaté que les remises d’impôts c’était de l’argent public qui partait directement en Chine !!