Rentables et très compétitives, les centrales photovoltaïques au sol sont largement partie prenante dans les objectifs de la PPE. Mais il y a un hic ! La disponibilité du foncier ne relève pas de l’évidence et les projets solaires soulèvent de plus en plus des problématiques de conflit d’usage. Plein Soleil fait le point avec Xavier Daval, administrateur du SER et Président de la Commission Solaire.
Plein Soleil : Face à l’enjeu que fixe la PPE pour le solaire, quels sont les besoins fonciers pour implanter les nouveaux parcs ?
Xavier Daval : En 2020, la barre symbolique des 10 GW d’installations photovoltaïques sur le territoire métropolitain a été franchie. Les objectifs nationaux fixés par la première Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE1) pour 2023 sont désormais atteints à 50%. En revanche, la route qui reste à parcourir pour réaliser les objectifs PPE2 de 2028 est encore longue. Pour atteindre entre 35 et 44 GW installés, la France devra à cet horizon raccorder environ 3 à 4 GW par an, ce qui implique de tripler ou quadrupler le rythme actuel. Entre aujourd’hui et 2028, si la segmentation du marché reste constante, près de la moitié de cette puissance devra être installée au sol, soit entre 17 et 22 GW, ce qui représente environ 17 000 à 27 000 hectares, c’est-à-dire 0,03% à 0,05% de la superficie de notre pays.
De nombreux obstacles à l’exploitation des sites dégradés
Plein Soleil : C’est peu et beaucoup à la fois, c’est cela ?
Xavier Daval : Concernant la surface, la PPE prévoit que soient installés à terme entre 33 000 et 40 000 ha de centrales photovoltaïques au sol, et entre 15 000 et 20 000 ha de panneaux photovoltaïques sur bâtiment. Pour donner un cadre de référence, la superficie en France métropolitaine est de 55 millions d’hectares.
L’accès au foncier est un sujet crucial pour les centrales au sol qui sont aujourd’hui les installations les plus rentables. Aujourd’hui, le périmètre imposé pour les projets solaires au sol se limite aux 9% du territoire déjà qualifiés d’artificiels. Cela revient à demander à l’équipe de France du solaire de jouer sur l’équivalent du terrain de la Slovénie, et non à domicile.
Plein Soleil : Les sites dégradés constituent-ils une réserve de foncier privilégiée ?
Xavier Daval : Tout à fait. Les sites dégradés représentent de nombreuses opportunités pour le développement des projets solaires. Le cadre réglementaire incite fortement les porteurs de projet à se développer sur des espaces déjà urbanisés : le cahier des charges des projets développés en appels d’offres inclut en effet un bonus (de 9 points) pour les projets qui se développent sur des sites dits « dégradés », comme des sites d’enfouissement des déchets, par exemple. Cette incitation est d’ailleurs efficace car, lors de la 6ème période de l’appel d’offres sol, 71% des lauréats ont candidaté sur des sites dits dégradés.
Néanmoins, ces derniers ne permettront pas de réaliser l’ensemble des projets nécessaires pour atteindre les objectifs fixés par la PPE.
Pour certains terrains dégradés, la réhabilitation (déconstruction-reconstruction, traitement de la pollution, terrassement, …) induit un surcoût important qui limite, voire empêche, le développement de projets photovoltaïques : leur viabilité économique ne peut être assurée dans ces conditions. Par ailleurs, l’accès optimisé au réseau électrique (raccordement) n’est pas toujours garanti : de nombreuses zones dégradées sont situées, d’un point de vue urbanistique, dans un zonage difficilement compatible avec le développement de projet. Il est aussi important de noter que le gisement de sites dégradés est, par nature, fini et est inégalement réparti sur le territoire métropolitain.
Ainsi, les enjeux économiques, administratifs et techniques liés à l’exploitation des sites dégradés constituent des freins considérables au développement de centrales photovoltaïques au sol, limitant de fait les opportunités présentées a priori par ces terrains.
Synergie entre solaire et agriculture
Plein Soleil : Le monde agricole offre aussi d’immenses possibilités …
Xavier Daval : En effet, la moitié de la superficie française est agricole et notre pays est le premier pays agricole d’Europe en termes économiques. C’est donc tout naturellement que les acteurs du monde agricole et de la filière photovoltaïque se sont engagés dans de multiples collaborations depuis plus de 10 ans, pour la réalisation de projets photovoltaïques en milieu agricole.
De nombreuses synergies sont possibles entre agriculture et photovoltaïque, en métropole et outre-mer, et il existe déjà un certain nombre de réalisations concrètes. Pour ne citer qu’un exemple, les persiennes agricoles qui désignent un système agrivoltaïque constitué d’une structure surélevée en fonction du type de culture et de ses conditions d’exploitation comme le passage d’engins agricoles. Selon les conditions météorologiques, le mouvement des modules est piloté de manière à adapter en temps réel la luminosité parvenant aux cultures, optimisant ainsi le rendement agricole.
En réalité, tout un éventail d’associations est possible, et le SER justement a publié en décembre dernier une brochure qui présente ces différentes solutions. Nous espérons que celles-ci appelleront à l’avenir des projets encore plus novateurs dans lesquels acteurs de la filière solaire et agriculteurs uniront leurs efforts et leurs connaissances au bénéfice d’une agriculture durable et de la transition énergétique.
Plein Soleil : Peut-on aussi compter sur le solaire flottant ?
Xavier Daval : Oui, même si le cadre réglementaire n’est pas encore entièrement adapté à ce type de projets. Le photovoltaïque flottant offre une alternative au goulot d’étranglement foncier en valorisant énergétiquement les surfaces bien souvent inexploitées que représentent les étendues d’eau artificielles. Avec ses nombreux barrages, réservoirs industriels, sites de traitement de l’eau et bassins aquacoles, notre pays dispose d’une quantité importante de sites adaptés au développement de projets photovoltaïques flottants. Le potentiel en France pour ce type de projets est estimé à près de 10 GW. Depuis la première centrale installée à Piolenc dans le Vaucluse en 2019 (17 MW), plusieurs projets ont vu le jour ou sont en cours de développement, comme par exemple la centrale flottante sur une retenue d’eau de la commune de Lazer, dans les Hautes-Alpes, qui devrait être mise en service l’année prochaine.
L’inventivité des développeurs en ZNI
Plein Soleil : La problématique du foncier est-elle la même en outre-mer ?
Xavier Daval : Oui, cette problématique est tout aussi centrale dans les Zones Non-Interconnectées (ZNI). Elle est même encore plus importante qu’en métropole, étant donné que la plupart de ces territoires sont insulaires et/ou disposent d’une topographie particulière. Avec les dispositions prévues par la Loi Littoral, qui empêchent la construction de centrales photovoltaïques en bord de mer, les terrains disponibles sont très vite limités ! Des dérogations sont désormais possibles en Guyane, mais il faudrait pouvoir en disposer également dans les autres ZNI. C’est l’une des raisons pour lesquelles les ZNI sont sources de tant d’innovation en matière d’énergie renouvelable : l’ensemble de ces difficultés oblige les développeurs à faire preuve d’inventivité.







Quelque chose ne va pas dans la conclusion de l’analyse. Si demain EDF (ou une entreprise publique ad hoc) vient me proposer d’implanter un parc solaire de 0,05% de la surface de mon exploitation contre mon autoconsommation, je signe (en épluchant le contrat). Données : 6000 kWh de consommation, 800 m2/3 = 270kWc ; 1350 kWh annuels par kWc.Si la même démarche vise la propriété commune du village, il y aura accord unanime des membres. Données : une quarantaine d’habitants permanents, 150 secondaires ; 1100 m3/3 = 370 kWc. Bien évidemment, de tels contrats pousseraient au tout électrique.
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Quelque chose ne va pas dans la conclusion de l’analyse. Si demain EDF (ou une entreprise publique ad hoc) vient me proposer d’implanter un parc solaire de 0,05% de la surface de mon exploitation contre mon autoconsommation, je signe (en épluchant le contrat). Données : 6000 kWh de consommation, 800 m2/3 = 270kWc ; 1350 kWh annuels par kWc.Si la même démarche vise la propriété commune du village, il y aura accord unanime des membres. Données : une quarantaine d’habitants permanents, 150 secondaires ; 1100 m3/3 = 370 kWc. Bien évidemment, de tels contrats pousseraient au tout électrique.
Quelque chose ne va pas dans la conclusion de l’analyse. Si demain EDF (ou une entreprise publique ad hoc) vient me proposer d’implanter un parc solaire de 0,05% de la surface de mon exploitation contre mon autoconsommation, je signe (en épluchant le contrat). Données : 6000 kWh de consommation, 800 m2/3 = 270kWc ; 1350 kWh annuels par kWc.Si la même démarche vise la propriété commune du village, il y aura accord unanime des membres. Données : une quarantaine d’habitants permanents, 150 secondaires ; 1100 m3/3 = 370 kWc. Bien évidemment, de tels contrats pousseraient au tout électrique.