Le développement du solaire se heurte aux « business models » des sociétés de distribution d’électricité

Philippe BoisseauDans un long entretien à « La Tribune »,  Philippe Boisseau, directeur général de la branche Marketing & Services, et directeur Énergies Nouvelles de Total  passe en revue la situation de l’énergie solaire en France et dans le monde et la stratégie de son groupe dans ce domaine. Morceaux choisis :

Si à l’horizon 2050, le mix énergétique comportera une part importante dhydrocarbures, la part d'énergies renouvelables (solaire et biomasse) sera nettement plus importante qu’aujourd’hui.

La consommation d'énergie solaire devrait progresser de 12% par an dans les cinq prochaines années. Le solaire est compétitif face aux énergies conventionnelles dans une vingtaine de pays dans le monde.  Aujourd'hui, le solaire y est rentable sans subvention pour les grandes centrales.

Dans le secteur domestique, le prix de l'électricité inclut le prix de production et celui de distribution. En Californie par exemple, alors que le gaz n'est pas cher, les coûts de distribution y sont élevés. Il devient donc rentable pour un client individuel d'installer des panneaux solaires sur son toit et de produire son électricité en remplacement de celle du réseau. C'est pour cette raison que le solaire se développe aussi rapidement aux États-Unis, alors que le prix du gaz est bas. Mettre des panneaux solaires sur les toits, c'est aujourd'hui rentable aux États-Unis.

En France, c'est un autre problème. Tout d’abord l'électricité n'y est pas chère. En revanche, la première difficulté tient aux délais de raccordement d'une installation solaire au réseau d'ERDF qui sont beaucoup trop longs. Ce délai s'élève souvent à plus d'un an, alors qu'en Allemagne, il n'est que de 6 ou 7 semaines. Cela entraîne des coûts importants d'immobilisation du capital engagé par les particuliers ou les professionnels.

La seconde difficulté est liée à la place encore relativement marginale du solaire en France. Il n'y a pas encore de transparence sur les conditions d'installation des panneaux, ni d'efficacité dans l'organisation de cette filière. Il faut travailler sur l'amélioration de la formation des installateurs et la transparence de leurs coûts. Car tout cela n'aide pas à rendre l'industrie plus compétitive. Quand le même panneau après installation revient deux fois plus cher en France qu'en Allemagne, il faut se poser des questions…

Par ailleurs le développement du solaire se heurte aux « business models » des sociétés de distribution d'électricité, qui ont dû mal à rentabiliser leur réseau avec l'essor de cette nouvelle énergie. Mais le mouvement qui s'opère aux Etats-Unis est très intéressant.

Aujourd'hui, les sociétés de distribution d'électricité, après avoir résisté, ont compris que cette évolution était inéluctable. Il valait donc mieux réfléchir à comment l'accompagner, en se mettant du côté des clients, plutôt que d'aller contre leurs intérêts. En Europe, EON en Allemagne a par exemple suivi ce mouvement. Les distributeurs d'électricité vont progressivement se mettre à intégrer le solaire parce que les clients le leur demandent.

Lire l'interview sur le site de « La Tribune »

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4 Commentaires

  1. L’énergie, comme symbole de la société ?
    Alors qu’il serait si simple de lâcher la bride des énergies renouvelables, et d’accepter une évolution « naturelle et progressive», les choix vont quasiment à l’opposé, ou au mieux on reste dans le brouillard. Au-delà des protectionnismes, des monopoles et autres lobbys, tous contre productifs, c’est même la question de la démocratie qui est en jeu, cela interroge au moins le politique sur la décentralisation. Plus les pouvoirs sont concentrés, plus on favorise l’autoritarisme, et vice versa.
    Il fut un temps ou on pouvait se permettre les erreurs, mais cela tourne à la démonstration par l’absurde. Dans une économie mondialement concurrentielle la réactivité est primordiale, car tout retard se paye cash en emplois et en dettes.
    Pendant que l’on commissionne, colloque (voir colloquium), rapporte, régule-dérégule, intègre-désintègre, habilite-déshabilite,… les autres travaillent.

  2. Autre morceau choisi intéressant :
    « Quand vous achetez aujourd’hui des panneaux solaires avec une durée de
    vie de 25 ans, vous n’avez que la parole du constructeur ou de l’installateur pour vous le
    garantir. Si votre panneau s’arrête de produire au bout de 10 ans, vous faites une perte
    considérable puisque la rentabilité de votre projet se calcule sur 25 ans. Il est donc essentiel de
    créer un organe indépendant qui puisse garantir la qualité des panneaux. Nous plaidons auprès
    des pouvoirs publics, notamment européens, pour la mise en place d’une véritable labellisation
    qui s’appliquerait à l’ensemble du secteur et qui aiderait les clients à savoir ce qu’ils achètent.
    Pour le moment, cette protection du consommateur tarde à se mettre en place, alors que le taux
    de défaillance lié à des panneaux de mauvaise qualité ne cesse de s’accroître. C’est un vrai
    handicap au développement du solaire, en France comme dans le reste de l’Europe. »
    Espérons que cela devienne réalité.

  3. Se poser les bonnes questions… et y répondre M.Boisseau!
    le solaire en France coûte 2 fois plus cher qu’en Allemagne car nous avons des contraintes d’installation (intégration au bâti) et électriques (guide UTE 15712-1) qui sont bien plus lourdes que ce que les législateurs allemands ont jugé utile de retenir.
    en comparant des centrales au sol, où les contraintes se rejoignent, les coûts sont similaires.
    je me demande si ce sont les installateurs qu’il faut former, ou M.Boisseau !

  4. j’habite en Alsace. En demandant un devis a un installateur allemand, pour 3 kW c’est 7000 euros installé alors que si vous demander la meme chose à un francais c’est 12000 euros minimum et il ne se déplace meme pas pour voir si votre toit est bien orienté. Concernant l’intégration toiture, cela fait 20 ans que personne ne sait pourquoi il y a cette stupidité française, et que personne ne se bat pour l’enlever. Bref connerie française et crédit d’impôt débiles quand tu nous tiens !

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